lundi 29 octobre 2012

Apéro libertin n°6 - Cravates et porte-jarretelles

La sixième édition de mon apéro libertin aura lieu le vendredi 23 novembre 2012. Mais qu'est-ce qu'un apéro libertin, te demandes-tu, ami lecteur ?

Eh bien, avant de te répondre, je vais d'abord t'expliquer pourquoi j'ai créé ces apéros. Pour une raison très simple : je suis totalement fauché. Et, vu les tarifs exorbitants demandés aux hommes seuls par les clubs, cela m'interdit quasiment toute sortie libertine. (Même en couple, c'est un loisir luxueux.) J'ai donc souhaité créer un événement dont les tarifs soient à la fois abordable et identiques pour tous les participants et participantes, et où les hommes seuls seraient les bienvenus.

D'autre part, j'ai un souvenir intense de ma première sortie en groupe, et du plaisir que j'ai eu à parler de libertinage autour d'un verre, plutôt que par écran interposé comme je le faisais depuis un an. D'où l'idée d'un rendez-vous libertin dont le but premier soit la rencontre et la discussion, plutôt que les plaisirs charnels.

Inspiré par ce qui existe dans les milieux BDSM ou polyamoureux, j'ai donc lancé en juin dernier le premier apéro libertin parisien. Nous n'étions que cinq à l'époque, mais notre nombre a rapidement grandit au fil des éditions. L'avant-dernier apéro, précédé d'une visite du Musée de l'Erotisme, a attiré plus d'une trentaine de personnes. Le prochain compte déjà plus d'une vingtaine d'inscrits.

Qu'est-ce qu'un apéro libertin, donc ? Eh bien, c'est tout d'abord un apéro entre libertins. La différence est subtile, mais importante. Comme nous nous réunissons dans un lieu public, nous parlons de libertinage, mais nous ne pratiquons pas sur place. C'est en fait un grand avantage pour accueillir sereinement les nouveaux et surtout les nouvelles, attirés par le libertinage, mais qui n'auraient pas le courage de franchir la porte d'un club. Ici, pas de pression.

Le prochain apéro aura lieu le vendredi 23 novembre. Il se dote de deux nouveautés : un thème et un dress-code : "cravates et portes-jarretelles" d'une part, et un after privé d'autre part, où poursuivre la fête à l'abri des regards.

Ami lecteur fidèle, si tu as envie de nous rejoindre, si tu veux prendre un verre avec nous et partager tes expériences, n'hésite pas à me contacter (jules.baldaquin@gmail.com). Attention, lecteur de passage, l'apéro se déroule uniquement sur invitation. Il faut montrer patte blanche et esprit libertin pour obtenir le sésame !

A bientôt, j'espère !

mercredi 24 octobre 2012

The Bloody Avengers

La scène la plus sexy de The Avengers ? Non, pour moi, ce n'est pas la Veuve Noire, même avec ses escarpins, mais la brune Maria Hill et son air déterminé alors que des gouttes de sang coulent sur son visage :


Marvel préparant une série sur le SHIELD, peut-être aurons-nous l'occasion de la revoir...

jeudi 18 octobre 2012

BDSM et libertinage : amis ou ennemis ?

Mercredi soir avait lieu le 64e dîner-débat du Munch, sur le thème : "BDSM et libertinage : amis ou ennemis ?" Je ne vais pas en faire un résumé ou un compte-rendu, et je souhaite bonne chance à la personne qui s'en chargera pour l'association PariS-M. Les interventions ont été trop nombreuses et trop variées pour cela. Mais le débat m'a inspiré quelques réflexions.

Parce qu'ils procèdent de la même mécanique, BDSM et libertinage engendrent des codes différents mais relevant de la même logique. Je m'explique. Si l'on considère le couple vanille et exclusif comme la norme, le BDSM et le libertinage sont des exceptions à la norme, des addendas au contrat.

D'un côté, on intègre les notions de domination, de souffrance, de contrainte comme une composante acceptable et même souhaitable d'une relation, alors qu'un couple "normal" est censé être tendre. De l'autre on autorise des tierces personnes à rejoindre le couple (ou plus généralement à pratiquer le sexe à plus de deux si l'on est célibataire), alors qu'un couple normal est censé être parfaitement monogame.

Je que j'ai senti lors du débat d'hier, c'est que ces écarts par rapport à la norme nécessitent des règles et des codes pour fonctionner. Sans cela, l'équilibre serait rompu et plus rien ne serait possible. Les questions du quand, comment, avec qui, et ainsi de suite doivent être réglées à l'avance. Et c'est vrai à la fois en interne et en externe : au sein du couple d'abord, mais aussi "en société", c'est-à-dire en club ou lors d'une fête.

Les codes généralement acceptés dans chaque milieu sont adaptés à l'exception correspondante. Dans le libertinage, un contact corporel (une main sur la cuisse par exemple) est une façon polie d'aborder quelqu'un. Dans le BDSM, non. C'est logique puisque le but du libertinage est d'intégrer des étrangers dans un rapport sensuel, alors que le BDSM se pratique principalement entre connaissances.

Inversement, une fois entrée dans un jeu BDSM, donner une claque sur les fesses n'est a priori pas un soucis, ou fait partie des négociations de base. Mais c'est mal vu dans le libertinage, du moins de la part de la "pièce rapportée" et, d'expérience, peut donner lieu à des engueulades. En effet, un couple libertin s'entoure de toutes sortes de limites comme autant de protections : "on n'embrasse pas", "on ne se revoit pas" ou encore "on ne fait rien avec quelqu'un d'autre qu'on ne fait pas entre nous". Donner une fessée sans prévenir revient à s'arroger un droit qui n'a rien d'automatique.

Combiner les deux codes n'est pas évident, puisqu'ils sont contradictoires sur certains points. Il n'est pas étonnant que les lieux de sortie se consacrent à l'un ou à l'autre milieu, même si la porosité de la frontière a apparemment augmenté ces dernières années.

Cette interpénétration des deux milieux était l'une des questions posées lors du débat, mais elle n'a pas reçu de réponse claire. Peut-être est-ce juste dû à une meilleure visibilité du BDSM comme du libertinage, à travers les événements, les médias et tout simplement la magie d'internet, là où tout était plus caché il y a dix ans. Peut-être aussi, plus prosaïquement, est-ce une tentative des clubs d'élargir leur clientèle face à des difficultés financières.

Pour ma part, j'ai découvert le SM et le libertinage à peu près parallèlement, que ce soit par Union ou Anais Nin d'abord, puis par alt.sex.stories à la fac. Si j'ai parlé lors du débat du plaisir que je pouvais avoir soit en tant que libertin, soit en tant que SMeur (Il n'y a pas de meilleur mot pour "pratiquant du BDSM" ?), ce ne sont pourtant que des façons similaires dont s'exprime mon goût global pour la sexualité.

mercredi 3 octobre 2012

Deux sourires


(Ce billet est une traduction de Two Smiles sur ErosBlog.)

Je voudrais vous parler de deux sourires :


Ce sont deux sourires de la charmante Sarah Blake, une modèle bondage pour hogtied.com.

Regardez-les bien, étudiez leurs différences. Que vous ayez des mœurs classiques ou spéciales, mais surtout dans le premier cas, souvenez-vous de ces sourires la prochaine fois que vous entendrez un sermon ou un discours sur les dangers du sadomasochisme, de la dépravation et des sévices sexuels. Repensez à Sarah et à son sourire plein de joie et de bonheur.

Toutes les images de ce billet viennent de cette galerie, que je vous invite à consulter par vous-même si vous avez envie de voir Sarah attachée et, euh, occupée, de singulière façon. Je ne vais pas reproduire ces photos ici, quoique je vais vous décrire ses occupations. La seule chose que je vais vous montrer sont ses sourires (et un gémissement de plaisir).

Commençons par le premier sourire :


C’est le sourire d’avant, pris au début de la séance photo. C’est un beau sourire. Sarah est une belle femme. Mais c’est le sourire d’un modèle professionnel. Un peu forcé, pas qu’un peu posé et aussi artificiel qu’une composition florale. Le genre de sourire que l’on pourrait retrouver sur l’album souvenir du lycée, sur un curriculum ou même sur un permis de conduire. C’est un sourire que Sarah perfectionne depuis des années, le sourire d’une enfant sage souhaitant satisfaire le monsieur qui prend la photo et qui lui demande de sourire.

Sarah parcourt un long chemin fétichiste entre ce sourire et le suivant.

Si vous êtes allé voir la galerie, vous savez qu’on lui croise les chevilles pour les attacher devant son menton. On a remonté sa mini-jupe sur ses hanches, mais sa culotte est restée en place. C’est encore une photo de bondage assez innocente. Le voyage de Sarah ne fait que commencer.

Un peu plus loin, nous la voyons dans la même pose, sans culotte, une ventouse en verre appliquée à partie la plus délicate de son intimité. La chevauchée s’accélère ; dans l’image suivante, elle est à genoux, un lourd pilori de bois autour du cou. Sa queue de cheval est attachée à un crochet anal (y a-t-il un mot plus élégant pour désigner cet objet ?), crochet solidement enfoncé entre ses fesses, comme vous l’aviez deviné. Une vue arrière de la même scène montre des zébrures dues à quelques coups de canne.

Continuons. Dans l’image suivante, elle est debout, sa situation étant compliquée par une boule fixée par un tube métallique au pilori qui s’enfonce dans sa bouche. On installe des poids en plomb aux pinces à seins serrées sur ses tétons. Le caméraman reculant, on s’aperçoit que Sarah se tient sur la pointe des pieds, un gode au bout d’une pique l’encourageant à garder cette position.

Les photos suivantes exposent une autre scène, où Sarah, allongée sur deux billots de boucher, est ligotée dans le dos. Ses mains et ses pieds sont attachés l’un à l’autre, et une corde de suspension maintient ses coudes en hauteur d’une façon qui parait fortement inconfortable. Le bâillon-boule rouge dans sa bouche la fait baver.

*Clic*. Elle est maintenant sur le côté, ligotée, des pinces à linges sur les tétons et un gros vibromasseur s’attaquant à son intimité.

*Clic*. Cette fois, elle est suspendue dans une position renversée ahurissante, évoquant une gymnaste en plus érotique. Les pinces à linge sont toujours en place.

Poursuivons. Le site internet explique ainsi la scène suivante :

« Sarah a un secret. Elle ne peut pas s’arrêter de jouir face à un vibromasseur. Vous êtes prévenus ! La dernière scène est un long et intense orgasme imposé durant laquelle Sarah jouit à en perdre la raison. »

On voit une modeste chaise en bois, sur laquelle un vibromasseur a été fixé à l’aide d’adhésif. Sarah est amarrée à la chaise et au vibro par d’impressionnantes ceintures de cuir. Elle prend visiblement du bon temps, loin de tout :



Quel est le but de cette description scabreuse ? J’y arrive. À moins que vous ne soyez un fanatique absolu du bondage, une personne jouant sans limite et investissant son temps et son argent dans l’équipement de son donjon, j’ai probablement décrit des choses sortant de votre zone de confort. Si vous ne vous intéressez pas au bondage, si vous n’avez jamais vu ne serait-ce qu’une paire de menotte en peluche, vous avez peut-être été horrifié par l’ensemble du texte. Si vous avez déjà joué à vous attacher sous la couette, si vous possédez une paire de menotte et une cravache, vous avez peut-être été fasciné par certaines photo, mais dégoûté ou effrayé par d’autres. Si vous êtes un fétichiste vétéran et que vous avez votre propre donjon, vous avez peut-être apprécié la plupart des photos, mais il y a une ou deux qui ne sont pas votre tasse de thé, ou qui vous paraissent trop risquées ou fastidieuses pour les essayer. Mais où que vous vous placiez sur cette palette, et quelle que soit votre conviction lorsque vous pensez qu’une activité décrite « n’est pas pour vous », examinez attentivement la dernière photo du lot. Vêtue uniquement d’empreintes de corde, Sarah affiche un sourire épuisé mais satisfait :
 

Ce n’est pas un demi-sourire. Il y a plus de joie, d’enthousiasme et de vie dans cette photo que dans une douzaine de sourires professionnels tels que celui que nous avons vu au début. Sarah, bien qu’elle ait subi des positions de bondage particulièrement inconfortables, a passé un bon moment.

Et c’est cette joie visible, mes amis, que les moralisateurs de notre monde veulent supprimer lorsqu’ils dénoncent « le sadisme, le masochisme et les sévices ». J’imagine qu’ils n’ont même pas conscience de l’existence de cette joie, qu’ils pensent honnêtement qu’il ne s’agit que d’objectivation, de dégradation, d’argent et de sales pervers. Mais, cher lecteur, vous n’avez plus cette excuse. Vous avez vu les deux sourires. Vous savez.

La prochaine fois que vous entendrez quelqu’un dénoncer les sales pervers, vous vous souviendrez des sourires. Même si l’activité en question vous dégoûte, qu’elle n’est pas votre truc et que vous ne comprenez pas comment on pourrait l’apprécier, souvenez-vous des sourires. Rappelez-vous la joie de Sarah. Il n’est pas nécessaire de comprendre ou de partager un vice pour comprendre ce sourire.